RUBY BIRD - Journaliste07 Août 2006 – 14:21
Bill Ward a une spécificité en tant qu’illustrateur renommé, c’est sa passion pour le dessin de femmes à très forte poitrine opposée à une taille extrêmement fine et dans des tenues sexy, à la jeunesse éternelle, face à des hommes changeant constamment de physique (suivant les périodes où il dessinait). Cela l’a suivie durant toute sa carrière. Il a parcouru les années et les tracas avec cette obsession, a travaillé pour d’illustres magazines et a fréquenté, même encouragé de pas moins illustres dessinateurs. « The Wonderful World of Bill Ward » est un ouvrage de grande taille et d’excellente qualité comme étaient ses dessins qui restent de véritables chef d’Å“uvres comme on peut s’en douter. Nous avons en supplément les commentaires et la biographie de Bill Ward par Eric Kroll (Editions Taschen)
Bill Ward, avant de mourir disait « J’ai pris conscience que j’avais peut-être publié bien plus que n’importe qui dans l’histoire mondiale. Tout cela s’est produit au cours des 50 dernières années aux Etats-Unis. ». Il ne trouvait d’équivalent en nombre de dessins faits dans une carrière que chez Jack Kirby, l’auteur des « Captain America », « Spider Man », « Hulk ». Ils ont débuté à la même période. Il réalise à l’âge de 17 ans que le dessin pour lui est une véritable passion. Cela lui permettait de rencontrer des filles, il n’avait aucune formation artistique à la base. Il ne pensait qu’à cela, dessiner des filles. « L’apprentissage ne sert pas à grand-chose, sinon à apprendre à mieux observer. La mémoire, la capacité à retenir des images, ce n’était pas mon fort. »
Au sujet de jack Binder, celui qui eut le plus d’influence au début de sa carrière « Aussi a-t-il décidé de m’apprendre à mettre en page les histoires. Il m’a inculqué l’importance de ne pas considérer chaque histoire comme une petite bande dessinée ordinaire…..Il m’a dit d’imaginer que j’étais le metteur en scène d’une pièce, de jouer les rôles de chaque acteur dans ma tête avant de les esquisser sur le papier….. »
C’était l’âge d’or des revues BD. Jack Binder lui demanda d’amener d’autres artistes « C’était un risque. Ce qui n’est pas banal chez les artistes, c’est qu’il est impossible de les syndiquer. Il y a eu des tentatives, mais l’ancienneté ne compte pas. Un gamin qui sort des Beaux-Arts et qui a du talent peut faire un meilleur boulot qu’un type moins talentueux qui fait ça depuis 25 ans. »
« Si j’étais sur mon lit de mort et que je pensais aux jours les plus heureux de ma vie professionnelle, je crois que je choisirais les années 1941-1942 chez Binder. On était presque tous des gamins de 20 ans, voire moins, on se faisait la main, on gagnait un bon salaire en pleine crise et, surtout, on s’amusait. ». les jeunes artistes étaient souvent diplômés des beaux-Arts et n’attendait que leur heure. Il a fallu 40 ans pour que la BD devienne un véritable phénomène, c’était à l’époque de la jeunesse de Bill Ward méprisé et tout le monde voulait être illustrateur de magazines.
« Ma chance est arrivée quand Jack a reçu une commande pour réaliser un livre entier de Captain Marvel…..J’avais l’impression d’être sur les rails. Après plus d’un an de mise en page, d’encrage, de crayonnage et d’arrière-plans, non seulement je faisais enfin une histoire, mais même tout le livre de Captain Marvel ! ». Bill Ward n’avait aucune conception de la valeur marchande dans son métier, un jour il fit brûler 5 000 bandes dessinées de l’âge d’or car il ne pouvait pas les emmener avec lui lors d’un déménagement. Cela incluait les 13 premiers Captain America.
Ensuite vint la période du service militaire et ses tribulations « Je savais que si je dessinais pour l’armée, je ne pourrais pas faire autant de travail pour Wendell et que mon revenu allait diminuer. Mais je n’ai pas osé refuser, sinon il m’aurait dit : « Alors, plus d’entraînement et soyez à votre poste ». C’est comme ça qu’est née Torchy. On m’a forcé à la créer…..C’est bizarre d’avoir créé Torchy par obligation. »
« Je crois que c’est en 1946 que Busy Arnold, l’éditeur des magazines Quality, m’a demandé si je pouvais créer une nouvelle histoire pour Modern Comics. J’ai mentionné la BD que j’avais faite à l’armée et dont le personnage était une blonde timbrée du nom de Torchy. L’idée lui a plu. Je l’ai persuadé de me laisser faire l’encrage. Torchy faisait enfin son entrée dans le monde de la BD. Torchy a connu un vif succès. Elle a paru dans Modern Comics et dans Doll Man pendant environ 30 ans. Ils recevaient tellement de courrier que Busy a décidé d’en faire un livre. J’étais aux anges !……De toute façon, la BD - pour moi en tout cas – n’a pas fait long feu après ça. Le coupable : la télévision. Petit à petit, elle nous a volé notre public. Les salaires ont commencé à baisser, ainsi que les ventes de tous les éditeurs. Et du jour au lendemain, Quality a jeté l’éponge et mis la clé sous la porte. »
S’en suivi, vers la fin des années 40, et pendant plus de 20 ans, la période Humorama, où il présentait des petits recueils de dessins humoristiques, 30 dessins par mois au crayon Comté. Les femmes à la poitrine généreuse et la taille très fine devinrent la marque de fabrique de Bill Ward. « Ce qui distingue les dessins de Bill Ward de ceux d’autres dessinateurs de pin-up de la même époque, c’est sa représentation des femmes. La plupart des grands dessins de pin-up, osés et beaux, montrent des créatures au visage jeune qui ne demandent qu’à être cueillies. Les femmes de Ward sont raffinées et mondaines, mais elles sont des déesses à part entière, aux proportions inimaginables et exagérées, sculpturales et dominant physiquement les hommes qui les reluquent. Elles exhalent la sexualité et ne font pas les effarouchées, alors que les hommes de Ward semblent être des bouffons, indignes de l’objet de leurs désirs. »
Bill Ward était un fétichiste qui savait mettre en valeur le tissu, le cuir, le nylon, le satin, la fourrure, la lingerie, la séduction, les longues jambes…..Il en arrive à représenter des poitrines pratiquement irréelles qui tire le tissu à l’extrême. « La sexualité sort de tous les pores de ces femmes. Si une femme de cette trempe se présentait dans la réalité, il serait impossible de lui résister. On lui cèderait tout, prêt à la suivre n’importe où. Mais alors, pourquoi d’autres illustrateurs de magazines populaires n’ont-ils pas suivi ces indices aussi naturels pour atteindre l’entrejambe des hommes ? »
Cependant, Bill Ward suivit la mode des revues hard et porno et ce qui faisait son originalité et sa subtilité devint représentation de fouets, blagues littérales et autres effets lubriques. Il s’adaptait tout simplement au marché et travaillait sur commande, son art était son gagne pain, il ne s’en cachait pas et il était très prolifique. C’était la période des années 60. Au début des années 70, il se lança carrément dans les dessins sadomasochistes. C’était l’air du temps et cela le contentait, il n’avait aucune attirance envers ce domaine-là mais cela lui rapportait beaucoup d’argent. Cependant il refusa de dessiner pour Hustler et Playboy qu’il trouvait vulgaires. En somme, il détestait l’exclusivité et travaillait comme un artisan qui va là où on le demande.
D’après Eric Kroll « cet ouvrage a été l’occasion pour Bill de connaître ses admirateurs, lors de la tournée de promotion pour la sortie du livre. Je voyais bien qu’il était ravi d’être reconnu et apprécié, au crépuscule de sa vie. En raison de la nature de son travail, beaucoup de gens s’attendaient à voir un vieux pervers inquiétant. Mais c’est à un père de famille ordinaire et à un professionnel consciencieux qu’ils avaient affaire, un homme qui maîtrisait son art et livrait toujours ses dessins à l’heure…..A la fin de sa vie, ses dessins sont vite devenus très recherchés par les collectionneurs…….Depuis la mort de Bill le 18 novembre 1998, le site de vente aux enchères eBay connaît un mouvement constant de dessins au comté, d’aquarelles et de dessins au crayon et à l’encre signés Bill Ward…..La plupart des originaux de Ward encore existants sont les grands dessins au comté. Il reste très peu de dessins de l’époque Binder. Les dessins publiés sont aussi très rares et en possession de l’élite des collectionneurs de BD. De même, il n’y a plus que très peu d’originaux des dessins publiés dans Sex To Sexty et dans Club. »