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Anvers n'est pas Ankara

Anvers n'est pas Ankara

Article publié dans la rubrique « Chronique des libertés » du Drapeau Rouge, mai-juin 2008, n° 22, page 9.

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Ferhat Gerçek, petit frère de lutte

Le 7 février dernier, les juges de la Cour d’appel d’Anvers ont rendu un jugement proprement magistral en offrant à mes camarades et à moi-même un ticket retour vers la liberté.

Contre toute attente, ils ont écarté d’un revers de la main les élucubrations du procureur fédéral sur la « dangerosité » et le « caractère criminel » des militants inculpés. Ils ont en outre pulvérisé les sinistres projets du procureur qui consistaient à établir des tribunaux d’exception en Belgique, à criminaliser la résistance à l’oppression des Etats et à condamner des idées, en l’occurrence, marxistes. Leur courage et leur intégrité méritent sans aucun doute le respect et les compliments de tous les démocrates de ce pays et d’ailleurs.

En effet, grâce à eux, depuis le 7 février dernier, dans ce pays, on peut à nouveau se dire communiste et militer pour un idéal révolutionnaire sans risquer de se retrouver derrière les barreaux. Mais pour combien de temps encore ? Côté procureur fédéral, ce n’est que partie remise, car il a décidé de se pouvoir en cassation. En attendant la suite de cette saga judiciaire époustouflante, j’aimerais revenir sur certains cas bien moins heureux, notamment celui de mon petit frère de lutte Ferhat Gerçek, que j’ai évoqué dans un précédent numéro. Ferhat est ce tout jeune Turc âgé de 16 ans originaire de Giresun en Mer noire et habitant un quartier pauvre d’Istanbul. En octobre dernier, un policier lui a tiré dans le dos alors qu’il distribuait l’hebdomadaire de gauche «Yürüyüs». Depuis, il est condamné à se déplacer en chaise roulante. Ferhat a récemment assuré qu’il pourra remarcher grâce à l’amour de ses camarades. Malgré la lésion par balle dont il souffre à la moelle épinière, le voilà déjà accomplir ses premiers pas dans les couloirs de son hôpital. Son agresseur en uniforme n’a jamais été interpellé. Il est d’ailleurs toujours à son poste. Normal puisque pour la police et la magistrature turques, prôner le socialisme en Turquie, même à travers la distribution d’un journal, est en soi une activité terroriste. On se rappellera que cette logique unilatérale fut défendue bec et ongles par le procureur fédéral, tout au long de notre procès.

Mes pensées vont également aux nombreux activistes incarcérés pour avoir dénoncé dans une conférence de presse, l’exécution en décembre dernier d’une révolutionnaire du DHKP-C dénommée Kevser Mirzak ou pour avoir assisté à ses funérailles. Parmi les victimes de ces rafles, il y a Ethem Açikalin, président de la section de Adana de l’association turque des droits de l’homme (IHD), Meryem Özsögüt, une dirigeante du syndicat de la santé (SES) ainsi que plusieurs membres d’associations de quartier. Participer à une conférence de presse ou à des funérailles est en l’occurrence interdit par les lois turques lorsque la victime est labellisée « terroriste ». D’ailleurs, « victime » n’est pas le mot car en Turquie, un « terroriste » n’est jamais « victime ». Notre procureur fédéral et national n’en pense pas moins…

Que dire aussi de ces innombrables intellectuels et manifestants kurdes arrêtés ces dernières semaines pour avoir dénoncé les récentes opérations de l’armée turque visant les guérilleros du PKK retranchés dans le Kurdistan irakien ?

Sur décret du gouvernorat, de la police et du quatrième tribunal d’assises de la ville de Van, il est aujourd’hui interdit de crier « assez » en kurde au motif que « Êdi Bessé » (qui rappelle le très latino et non moins sympathique « Ya Basta ») est un slogan en faveur du PKK. En réalité, « Êdi bessé » est le nom de la nouvelle campagne menée par le parti pro-kurde DTP pour le droit à l’éducation en langue kurde, pour l’arrêt de la guerre menée au Kurdistan et pour la levée du régime d’isolement dont souffre Abdullah Öcalan, le dirigeant suprême du PKK, qui occupe à lui tout seul l’île-prison d’Imrali…

Déclarer son ras-le-bol en langue kurde devient ainsi de facto un acte terroriste.

Heureusement, en Belgique, nous n’en sommes pas encore là. Dans l’affaire du DHKP-C, le spectre du maccarthysme qui hantait le tribunal d’Anvers, a dû ravaler sa langue fourchue, rendre son tablier (ou sa toge, c’est selon) et plier bagages, la queue entre les jambes. Pour le procureur Delmulle, c’était le monde à « l’Anvers » ! Mais pour combien de temps encore…

Bahar KIMYONGÜR