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la grève de la fin?

la grève de la fin?

Le 19 septembre, une dizaine de sans-papiers (aujourd’hui au nombre de trente-deux) ont décidé d’entamer une grève de la faim. Dans la foulée, la CRER a lancé un appel afin que « de nombreux Belges se joignent aux grévistes », voyant cela comme « notre dernière chance ». Nous en profitons donc pour poser quelques réflexions sur ce moyen de pression qu’est la grève de la faim ainsi que sur les perspectives de la lutte pour et avec les sans-papiers.

La grève de la fin ?

« C’est notre dernière chance. »
C.R.E.R.

Le 19 septembre, une dizaine de sans-papiers (aujourd’hui au nombre de trente-deux) ont décidé d’entamer une grève de la faim. Dans la foulée, la CRER a lancé un appel afin que « de nombreux Belges se joignent aux grévistes », voyant cela comme « notre dernière chance ». Nous en profitons donc pour poser quelques réflexions sur ce moyen de pression qu’est la grève de la faim ainsi que sur les perspectives de la lutte pour et avec les sans-papiers.

Auto-critique d’un moyen…

Soyons clairs. Il ne s’agit pas ici de faire le jeu du pouvoir en nous séparant des gens en lutte. Nous n’avons pas ce mépris et gardons en tête qui est notre ennemi (l’autorité prenant ici corps dans l’Etat, son pantin de ministre de l’intérieur et les lois sur l’immigration tant européennes que belges). Nous sommes donc solidaires, mais nous pensons aussi que cette auto-critique est nécessaire et pourrait permettre d’entrevoir des ouvertures afin de ne pas s’enfermer dans le tunnel de la « dernière chance ».

Même si nous voyons une différence entre des sans-papiers qui, dépourvus d’autres moyens et estimant qu’ils n’ont plus rien à perdre même pas la vie, en arrivent à utiliser une grève de la faim pour tenter de régler leur(s) cas et le fait que des Belges les rejoignent « 1, 2 ou 10 jours selon leurs disponibilités », c’est la pertinence de la grève de la faim dans le contexte belge actuel que nous questionnons.

S’il est vrai que la grève de la faim a fait ses preuves par le passé et qu’elle a pu aboutir à certains résultats, il est aussi temps de se rendre compte qu’aujourd’hui le pouvoir a, généralement, su s’y adapter.
Comme tout moyen, c’est sa répétition, sa banalisation, son utilisation « systématique » et son édification en tant que « moyen qui marche » qui lui ont retiré son caractère combatif.

Nous ne remettons pas en cause la sincérité des grévistes (pas celle des clowns belges qui rejoindraient la grève le temps d’un instant, mais celle de personnes prêtes à aller jusqu’au bout parce qu’il en va de leurs vies) ni le fait que cette décision ne soit pas facile à prendre. De par nos expériences, il nous paraît évident que « personne ne décide de mettre sa santé en péril sans y réfléchir » . Cependant, force est de constater que différents processus ont permis de neutraliser la portée de la grève de la faim, et elle est aujourd’hui partie prenante de la mise en scène acceptable de la contestation. C’est d’ailleurs cela qui permet aux politiciens de la nier calmement et aux médias de la traiter comme un vulgaire fait divers, et non plus comme un acte fort d’individus en lutte.

Les politiques (vu que c’est à eux que s’adresse ce genre d’action) ont aussi su s’habituer à ce qui, auparavant, put être perçu comme une mise à l’épreuve. Plus vraiment déstabilisés ou réellement mis sous pression, il leur suffit d’attendre et de jouer avec l’usure des personnes qui les interpellent. Car après tout, ce ne sont pas eux qui se retrouvent dans une situation inconfortable et ils savent pertinemment bien que cette situation est intenable pour ceux et celles qui la mettent en pratique. Dès lors, ils n’ont même pas besoin d’agir de manière active pour arrêter cette contestation ; l’indifférence et leur cynisme habituel feront l’affaire.

Si jamais des médias impertinents osaient encore les titiller, il leur suffira d’affirmer avec véhémence qu’ils ne « céderont pas au chantage » et que ces méthodes ne permettent pas « les conditions nécessaires pour des négociations démocratiques ». Sachant qu’il s’agit pour eux de gagner du temps, car toute grève de la faim a… une fin.

Et quand bien même des « jusqu’au boutistes » iraient jusqu’à réellement mettre leurs vies en danger, une injonction à la santé publique fera l’affaire pour que de bons samaritains accourent à leur secours manu-militari. Ce fut le cas à St-Gilles l’année passée et, dans le cas des grévistes de la faim à Evere, cette éventualité à déjà été évoquée par le bourgmestre au grand cœur de St-Josse qui, bien que ne s’opposant pas à l’action, a tout de même précisé que « s’il y a des complications, on verra alors ce qu’il y a lieu de faire ».

Car c’est vraisemblablement là que se trouve la critique fondamentale de la grève de la faim en tant que moyen d’action. Les personnes qui y prennent part ne se constituent pas en force agissante, mais décident dès le départ de placer l’éventuel succès de leur lutte entre les mains d’autres personnes, qui plus est sont, dans ce cas-ci, leurs ennemis. Par ce fait, elles acceptent malgré elles la violence qui leur est faite de manière quotidienne, celle que d’autres personnes aient le droit de vie ou de mort sur elles.
Ironie du sort, ce qui pouvait être pensé comme un passage à l’action est en fait une forme d’aveu d’impuissance où, plutôt que de s’atteler à casser la machine qui créent les conditions dans lesquelles ils vivent, les grévistes s’en remettent à la bonne volonté d’un de ses rouages.

Pour toutes ces raisons, il ne nous semble pas opportun de lancer un appel à la grève de la faim auprès des Belges ou autres « avec papiers ». D’autant plus que cet appel, en circonscrivant la participation des avec-papiers à « 1, 2 ou 10 jours selon leurs disponibilités », assume pleinement le caractère symbolique de cette participation à l’action.

… et élargissement des possibles

« Parce que ni les manifs, ni les pétitions, ni la presse, ni l’immense élan de solidarité que nous avons connu n’a réussi à faire fléchir nos gouvernants, (…) SOLIDARITÉ »
C.R.E.R

Il n’y a évidemment pas de solutions pratiques toutes faites qui puissent faire suite à cette critique. Sans quoi elles auraient déjà probablement été expérimentées et, si elles avaient été portées en tant que méthodes miracles, intégrées par la capacité d’adaptation du pouvoir.

Cependant, plutôt que de nous atteler à essayer de ressusciter une chimère en faisant appel aux avec-papiers, nous pouvons commencer à réfléchir et à agir à partir de cette différence : nous avons des papiers.

Dès lors, il ne sert à rien d’essayer de se mettre dans les mêmes conditions que les sans-papiers. Nous ne les vivrons jamais de la même manière et, d’ailleurs, en quoi cela nous serait-il nécessaire pour nos révolter ?

Le fait que nous vivions dans un environnement où des personnes sont réduites à ne pas (pouvoir) exister, un environnement où l’on enferme, maltraite -et quelques fois tue-, un environnement où des camps fermés ont été pensés et puis construits,… Tout cela est plus que suffisant pour que nous -les avec papiers- nous sentions directement concernés.

C’est en tant que personnes se battant pour un monde libre que nous pouvons agir, en tant que personnes désirant se débarrasser d’un système se basant sur la domination, le contrôle et l’exploitation.

A partir de là, nous pouvons imaginer des actions autonomes, partant de ce que nous sommes, qui ne se réduisent plus à du soutien, mais qui se transforment en solidarité active.
Même si nous nous joindrons certainement à eux à certains moments, nous n’avons pas besoin d’attendre que la lutte démarre des sans-papiers pour la faire exister. Ce qui a probablement manqué à la mobilisation de ces deux dernières années, c’est l’audace de sortir du légalisme et de l’interpellation citoyenne . Car nous ne pouvons nous référer à la dernière grande vague de régularisation en Belgique sans prendre en compte les actions menées par le Collectif Contre les Expulsions et le contexte qu’il avait su imposer .

Quel est le sens de se mettre dans une position de martyrs et de faiblesse (physique) alors que nous pouvons passer à l’offensive ?

Nous pouvons attaquer la machine à fabriquer puis à expulser les sans-papiers. Nous pouvons la rendre tangible. Elle a des bureaux, des symboles, des centres (ouverts et fermés), des représentants politiques, des collaborateurs,… et des sans-papiers qui s’organisent face à elles.

Elle existe parmi un ensemble de choses qui la rend possible. Elle fait partie d’un système plus global. Que se passerait-il si plutôt que de rejoindre une grève de la fin limitée géographiquement, des gens se mettaient en grève là où ils sont, bloquaient la circulation, perturbaient le statu quo à leur manière ?

Tout cela participerait à la visibilisation de la guerre sociale qui est en cours. Cela permettrait de rendre public, de partager, d’aiguiser les conflits sociaux et d’étendre la révolte qui en découle.
Tout cela participerait à la création d’un rapport de force qui pourrait nous permettre de sortir du cas par cas et de comprendre à nouveau l’ensemble des mécanismes que nous combattons.

Ce texte appartient à la lutte, il pourrait émaner de n’importe qu’elle personne y étant impliquée.
Il n’est donc pas signé.

bas de page:
1. CSPL dans « 32 personnes sans papiers de différentes nationalités ont entamé le 19 septembre une grève de la faim »
2. vous savez, celle qui croit encore que les politiciens vont tout à coup se rendre compte de ce qu’ils font et qu’ils ne pourront qu’être sensibles à leurs opposants.
3. pour plus d’infos : http://ccle.collectifs.net