Le Ministre congolais Muyambo: « Le but est de quitter de l’assistance humanitaire au développement » (CongoForum)
Le Ministre congolais Muyambo: « Le but est de quitter de l’assistance humanitaire au développement » (CongoForum)
Geert Stienissen17 december 2007 – 01:03
Interview de Monsieur le Ministre des Affaires Sociales, Actions Humanitaires et Solidarité Nationale de la République Démocratique du Congo, Jean-Claude Muyambo Kyassa, réalisé par Geert Stienissen (www.congoforum.be)
Jean-Claude Muyambo Kyassa
CongoForum : Monsieur le ministre, nos félicitations. L'étude d'opinion "Les Points" a révélé que 74,9% des sondés se font une opinion positive de votre travail en qualité de ministre des Affaires humanitaires. Un vrai encouragement de la population congolaise!
Jean-Claude Muyambo : Tout d’abord, je vous remercie pour ce second entretien que vous avez souhaité avoir avec moi.
Je pense que le travail que je fais est effectivement d’aider les vulnérables, les sinistrés, les déplacés internes et autres. Cependant, il y en a qui ne sont pas du tout satisfaits. Voilà pourquoi vous avez vu que nous n’avons pas eu 100%. Ce qui est important pour moi, est de pouvoir diminuer la souffrance de nos populations. Si elle est contente, je dirai que c’est un encouragement pour moi.
CongoForum : Le 25 novembre, vous êtes nommés ministre d'Affaires Sociales, Action Humanitaires et Solidarité Nationale. Comment avez-vous gagné, étant ministre des Affaires Humanitaires pendant 10 mois, la confiance du président de la République et du premier ministre du Congo?
Jean-Claude Muyambo: Si le président de la république et le premier ministre sont content de mon travail, ça c’est une très bonne chose car, en premier lieu, ce sont mes chefs ; je dois tout faire pour appliquer et faire appliquer leur politique.
Secundo, il appartient effectivement au président de la république d’apprécier ce que je suis en train de faire dans mon ministère.
CongoForum : Au niveau de la solidarité nationale, vous aurez une tâche énorme. A l'Est du pays il existe depuis la guerre une ségrégation presque territoriale entre les «Tutsi» et les «Hutus». Et dans votre Haut-Katanga, Kyungu wa Kumwanza aprovoqué avec son discours discriminatoire à Kolwezi une grande méfiance dans la communauté kasaïenne. Une vraie réconciliation entre ces communautés est-elle possible, au Kivu et au Katanga?
Jean-Claude Muyambo: Effectivement la tâche est énorme et difficile. Mais,je vais tout d’abord commencer par faire état de lieu de la situation socialede la République Démocratique du Congo. Cela va me donner l’idée de savoir par où il faut commencer.
Ce qui est tout à fait claire, je chercherai toujours les voies et moyens pour soustraire la population vulnérable de sa pauvreté où elle se trouve vers une situation au développement.
Je sais que la tâche n’est pas du tout facile, mais avec un peu de volonté, je peux y arriver ; surtout avec l’appui et le concours des intéressés. C’est vrai aussi, nous avons la guerre à l’Est du pays et vous me parlez des Tutsi et des Hutus, du problème du Katanga entre les communautés kasaïennes et katangaise.
Vous savez, avant que je sois ministre, j’avais toujours milité contre la discrimination sous toutes ses formes, contre la violence, la xénophobie…C’est ainsi que je n’accepterais qu’il y ait des extrémistes d’aucun côté : ni Hutu, ni Tutsi, ni Katangais, ni Kasaïen.
Hélas, c’est la situation que l’on vit aujourd’hui dans le Kivu où des politiciens attisent le feu, poussent les populations à la confrontation, à la haine tribale. J’ai déjà effectué plusieurs descentes au Nord Kivu. Les populations y vivent en harmonie, vous trouverez les Tutsi, les Hutus, les Mandés,… en harmonie. La solution est possible au Kivu. Les gens doivent avoir le courage de se regarder en face et de parler de leurs problèmes.
A l’époque de la deuxième république, et Tutsi et Hutu dansaient ensemble l’animation politique « Sakayonsa ». Pour ne parlaient-ils pas de Tutsi et des Hutus ?
C’est pourquoi j’appui l’idée du gouvernement d’organiser une table ronde où toutes les populations du Sud et du Nord Kivu vont se retrouver pour parler de leurs problèmes, pas seulement les Tutsi et les Hutus mais toutes les communautés.
Quand il y a eu des problèmes entre Kasaïens et Katangais, ce n’était pas en criant à la télévision qu’on a résolu le problème. Il y a eu des leaders katangais ou kasaïens qui ont condamné ce genre de comportement. Actuellement, c’est une question dépassée pour moi. Ce qui est condamnable et que je ne peux accepter, c’est qu’un politicien parle au nom d’une communauté parce que derrière sa tête, il vise ses propres intérêts.
CongoForum: Ancien président d'une association socioculturelle, la Sempya, vous connaissez assez bien les dynamiques qui jouent au niveau micro. Craignez-vous une multiplication des conflits fonciers, comme dans les deux Kasaï, avec l'ouverture de l'économie. Et comment peut-on éviter ce genre de conflits.
Jean-Claude Muyambo: Je pense, le problème des conflits fonciers dans les deux Kasaï et l’éventuel conflit qui pourrait avoir lieu au Katanga suite à l’essor économique sont tout à fait différents.
Au Kasaï, ce sont les mines de diamant qui séparent les populations, les familles, entraînant la destruction des maisons. Bref, les actes barbares. Alors qu’au Katanga les problèmes de cet ordre ne se posent pas. On a par contre des problèmes fonciers ou un immeuble peut être vendu à deux, trois personnes…Et aujourd’hui, nous avons des problèmes des villages qui vont disparaître suite à l’extension des villes : c’est le cas du village Kazembe à Kolwezi où les terres avaient déjà été vendues à l’insu des villageois, qui ont été déplacés de force.
Je pense que nous devons éviter ce genre de situation. Il faut dialoguer avec les villageois et non les déplacer de force.
CongoForum: Vous êtes le leader de la Coalition des Démocrates Congolais (CODECO), une plateforme de différents partis politiques. Au mois de septembre, un groupe de mécontents boyomais a tenté un coup au sein de la CODECO. Une surprise pour vous?
Jean-Claude Muyambo : Ce n’était pas une surprise pour moi. D’autant plus que quand j’ai pris la tête de la Codeco, j’ai hérité d’un désordre indescriptible où
n’importe qui faisait n’importe quoi et personne ne voulait suivre les conseils. Cela risquait d’être un véritable far west.
C’est ainsi que vous verrez au niveau de la Codeco/Katanga nous nous sommes bien organisé et nous avons deux sénateurs, deux députés provinciaux et deux députés nationaux, ça devrait être pareil dans le Bandundu et dans la Province Orientale. Or, comme chaque fois, chacun devait tirer le drap de son côté et il y a mésentente. Comment pouvez-vous expliquer que malgré les huit députés provinciaux, la coordination provinciale orientale a été incapable de sortir même un sénateur ?
La conséquence est que je devais m’attendre à ce qu’ils se défoulent sur moi. Mais, à présent, je sais rebondir le choc car dès le jour où j’ai décidé de faire la politique, j’étais conscient que je venais d’entrer dans un monde où tous les coups sont permis.
CongoForum: La CODECO a connu l'immobilisme de Pierre Pay Pay, une tentative de coup et au Katanga l'accusation de corruption à l'adresse de monsieur Mumba Gama. Quels leçons tirez-vous de ces incidents ?
Jean-Claude Muyambo: Je pense qu’avec Pay – Pay nous avons effectivement connu un grand coup. Pourquoi je dis un grand coup, parce que, tous les députés
nationaux de la coalition réunis, on avoisinait une soixantaine. Et si moi je n’ai pas pu quitter la Codeco, c’est parce que j’étais lié avec une dizaine de députés élus sous le label Codeco.
Un coup oui parce que la coalition marche bien aujourd’hui. Si ça n’avait pas marché, aurait-on parlé d’un coup ? J’ai refusé de mourir politiquement après avoir à peine commencé.
Son propre parti où il est vice-président, s’est retiré de la coalition. Trouveriez-vous normal, dans ces conditions, que lui continue à diriger la Codeco ? Combien de fois lui a-t-on demandé d’inviter son parti à regagner la coalition ? Et surtout de faire revenir son président Venant Tshipasa à la raison ?
Enn outre, pourquoi parler d’un coup ? Parce que lui, a été élu à la tête de la Codeco par ses pairs et ces derniers lui ont retiré leur confiance. Si on n’avait pas fait cela, on allait tous mourir.
L’accusation de corruption à l’adresse de Mumba Gama… Ecoutez, vous êtes journaliste, vous en savez peut-être plus que moi. Mais, nous, à la Codeco, nous lui avons retiré notre confiance. Mais tous ces genres de problème m’ouvrent les yeux et me permettent de voir avec qui je vais travailler dans le futur et me permettent aussi de mieux connaître nos politiciens.
CongoForum: Avec votre nouvelle formation politique, Solidarité Congolaise pour la Démocratie, vous entendez transformer l'ONG provinciale Solidarité katangaise en parti politique d'envergure nationale. Peut-on exporter votre « success story » katangaise aux autres provinces congolaises?
Jean-Claude Muyambo: La Solidarité katangaise, l’ONG, ne peut devenir un parti politique. Par contre, notre branche politique, c’est ce que je viens de créer : la Solidarité congolaise pour la démocratie, en sigle SCODE, et nous devons faire une nette distinction entre les deux.
Quand je dois combattre la discrimination, la xénophobie, la violence faite à la femme etcetera, le cadre indiqué est la Solidarité katangaise. Mais, quand je veux faire la politique, le cadre idéal est la Solidarité congolaise pour la démocratie.
C’est ainsi que vous verrez, nous avons des membres qui sont dans la Solidarité katangaise et ne veulent pas faire de la politique. Cependant, quand il y a des échéances électorales ou autres manifestations à caractère politique, ils sont là pour me soutenir.
CongoForum: Le Congo a subi pas mal de catastrophes humanitaires. De Kinshasa à Masisi et de Moba à Lisala, on peut les observer. Etant un homme de terrain,
quel est, selon vous, le rôle à jouer par l'état congolais pour aider les populations.
Jean-Claude Muyambo: Mon pays est sinistré. Sinistré suite aux guerres qui nous ont été imposées depuis 1994. C’est tout à fait normal que les infrastructures soient délabrées : pas de route, pas de centre de santé, pas de transport. Cette charge qui tombe sur notre gouvernement, on le sent maintenant.
Par la guerre qui sévit à l’Est du pays avec ± 880.000 personnes déplacées sans compter les 6.000.000 de déplacés internes recensés au mois de juin 2007 par mes services, du nord au sud, de l’est à l’ouest.
Alors vous comprenez, nous avons un grand problème. Pendant la transition, les ONG étaient en tête et le gouvernement suivait. Elles ne veulent pas comprendre que maintenant c’est le gouvernement qui doit prendre en charge sa population et elles doivent suivre la politique gouvernementale. Je veillerai à ça de sorte qu’en 2008, chacune des ONG présente sur le terrain puisse dire qu’est ce qu’elle a fait concrètement pour soulager un temps soit peu, la souffrance de la population. Je le dis en connaissance de cause parce que certaines personnes trouvent que ça devient du business, la souffrance de la population congolaise.
Depuis le mois de mars à ce jour, le gouvernement est très attentif aux souffrances de sa population. C’est pourquoi il y a eu plusieurs interventions en vivres, non vivres et médicaments dans chaque coin de la République telles qu’à Uvira, Bukavu, Kanionga, Kakenga, Rushuru, Masisi, Goma, Bunagana, Bunia, Boma, Matadi, Moanda, Kahemba, Tembo, Kikwit, Bandundu, Kananga, Mweka, Miabi, Kasenga, Malemba Nkulu, Pweto, Kamina, Yakoma, Mbandaka etc.
Le but de mon ministère est de quitter de l’assistance humanitaire au développement.
CongoForum: Etes vous fier de votre travail comme ministre?
Jean-Claude Muyambo: Moi, je ne suis pas fier. Peut-être les autres le sont. Pourquoi je ne suis pas fier, parce que je n’ai même plus le temps pour moi-même. Ce sont des tâches très difficiles, mais je n’ai pas d’autres choix que celui d’aider mon président, mon gouvernement, mon pays et mon peuple.
CongoForum: Je vous remercie pour l'interview, monsieur le ministre.
Jean-Claude Muyambo: Merci beaucoup.
© CongoForum – Geert Stienissen, 17.12.07 (en collaboration avec Guy De Boeck)
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